La réforme du PEQ nous concerne tous

Force Jeunesse est fière cosignataire, notamment aux côtés de la Fédération étudiante collégiale du Québec et de l’Union étudiante du Québec, de cette lettre ouverte qui a été publiée le 10 juin 2020 dans Le Devoir.

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La pandémie a touché tout le Québec, mais la nouvelle mouture du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), annoncée jeudi dernier par Simon Jolin-Barrette, vient donner le coup de grâce à des dizaines de milliers d’immigrants et dévoile une vision inquiétante pour l’avenir du Québec.

Puisque le diable est dans les détails, allons à sa rencontre.

Dans cette nouvelle mouture du PEQ, il sera demandé d’un à trois ans d’expérience professionnelle à tout diplômé du Québec avant de pouvoir présenter une demande de résidence permanente.

Pourtant, en fonction du diplôme obtenu, la durée d’expérience professionnelle requise pourra dépasser celle du permis de travail délivré à la fin du diplôme ; il sera donc très compliqué pour ces étudiants de rester au Québec après leurs études.

De plus, cette réforme place le Québec au même niveau que les autres provinces, où une année d’expérience professionnelle est déjà requise avant de faire une demande de résidence permanente.

Le Québec pouvait se targuer d’être une province où il était plus facile de s’installer après ses études, ce ne sera désormais plus le cas. Pour le Québec, cela a des conséquences bien concrètes : ses établissements d’éducation perdront soudainement leur avantage compétitif.

Un nombre peu négligeable de cégeps et d’universités sont en partie financés par les droits de scolarité élevés que paient les étudiants étrangers. Nous pensons particulièrement aux cégeps en région et à tous les Québécois qui les fréquentent, pour qui les possibilités en éducation pourraient diminuer, en même temps que le nombre d’étudiants internationaux dans la province. Ces derniers auraient avantage à choisir d’autres provinces, qui profiteraient de leur expertise.

Les talents internationaux

Pour les travailleurs, le tableau est encore plus sombre. Là où le reste du Canada demande un an d’expérience professionnelle (voire moins, dans certaines provinces) avant de pouvoir faire une demande de résidence permanente, le Québec demandera désormais trois ans.

Pourtant, la plupart des permis de travail ouverts ne couvrent même pas cette durée.

Pour obtenir trois ans d’expérience, il faudrait systématiquement passer par un permis de travail fermé. Ces permis sont rares et demandent beaucoup de temps et d’argent à l’employeur, représentant donc un frein important à l’attraction des talents.

De plus, ces permis empêchent les travailleurs de changer d’employeur ou de quitter un emploi, sous peine de devoir quitter le pays ; les abus liés à ces permis sont très documentés.

Avec cette réforme du PEQ, le Québec se priverait, pour les prochaines années au moins, de milliers de travailleurs qualifiés.

Ces travailleurs iront là où ils pourront obtenir un statut moins précaire, c’est-à-dire dans n’importe quelle autre province du Canada.

Le Québec se priverait également de milliers de travailleurs que nous qualifions d’essentiels depuis plusieurs mois. En effet, les personnes ayant des emplois des catégories C et D ne seront plus admissibles au PEQ. La pandémie a prouvé au gouvernement que ces travailleurs doivent être davantage valorisés.

Pourtant, il décide de ne pas leur ouvrir ses portes.

Nous sommes à une période charnière de notre histoire, après une pandémie qui a remis de nombreux compteurs à zéro. C’est le moment idéal, pour nous tous, de réfléchir au Québec de demain.

Plusieurs générations d’immigrants ont enrichi et fait du Québec un endroit qu’on aime ; il est difficile de penser que nous pourrons sortir de la crise de la COVID-19 sans eux. Cette réforme illustre une vision peu ambitieuse de l’avenir de notre province. C’est donc ça, la « nouvelle normalité » ?


* Signataires : Claire Launay, conseillère associée en affaires publiques, arrivée au Québec en 2011 ; Thibault Camara, scientifique de données, arrivé au Québec en 2014 ; Clément Sageste, comédien et étudiant en photographie, arrivé au Québec en 2015 ; Fanny Lemaire, architecte, arrivée au Québec en 2018 ; Aurélie Bellisi, recherchiste et réalisatrice, arrivée au Québec en 2018​

Cosignataires : Catherine Fournier, députée de Marie-Victorin, née au Québec ; Andrés Fontecilla, député de Laurier-Dorion, arrivé au Québec en 1981 ; Julius Grey, avocat, arrivé au Québec en 1957 ; Noémie Veilleux, présidente de la Fédération étudiante collégiale du Québec, née au Québec ; Jade Marcil, présidente à Union étudiante du Québec, née au Québec ; Bochra Manaï, docteure diplômée de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) et professionnelle du communautaire, arrivée au Québec en 2009 ; Cheolki Yoon, Centre des travailleuses et travailleurs immigrants (CTI), arrivé au Québec en 2011 ; Simon Telles, président de Force Jeunesse, né au Québec

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